Enfants de p….levez vous
Les leçons de tolérance décelées au travers de ce roman , la vie devant soi furent elles l'objectif principal de leur auteur ?
Sans doute que Romain Gary , a essayé d'atteindre énormément d'objectifs, et en premier lieu à mon sens, une occasion en or (même s'il n'y en avait qu'une Goutte…) d'une rencontre idyllique entre un petit « rien du tout », peut être un musulman et une juive, pour nous appeler à discuter, à échanger nos points de vue, à nous ouvrir sur autrui, même si ce dernier nous semble à priori, politiquement pour le moins, notre ennemi.
Les personnages de ce roman sont particulièrement attachants, parce que humains, et tout simplement égaux à eux-mêmes sans la moindre fioriture.
Même monsieur N'Da ! et j'en parlerai un peu plus loin.
J'avais lu ce livre il y a plusieurs années. Une lecture d'un assoiffé de ces écrits oû le maître mot qui manque tant ces dernières années , le maître mot est TOLERANCE . Et je l'ai relu à un moment oû l'on sent renaître autour de soi un monde de l'absurde , et de la haine.
A l'époque, j'y avais recelé un tout petit parti pris pour une cause juive. Mais vraiment tout petit, dans la mesure oû Madame Rosa juive, victime des camps de concentration , continue à être juive jusqu'au bout des ongles, jusqu'à l'ultime seconde de son existence, mais il n'en a pas été de même pour Momo. Peut être qu'il avait toute la vie devant lui pour rectifier, se prendre une religion tolérante, ou même un athéisme humain à la Camus.
Aujourd'hui, je me dis que ce sont des personnages tout à fait particuliers, sans doute pas de simples « vue de l'esprit », sans doute pas. Ces personnages relèvent d'un quotidien nord-parisien oû s'entremêlent réellement des personnages qui pourraient parfaitement être ces enfants de putes là. Et pour avoir connu Paris Nord et les orphelinats, je pourrai attester que j'ai été frappé par une certaine véracité des faits, des personnages, des situations exceptionnelles qui vous apprennent beaucoup sur autrui. Cet autrui pour un mome de parents inconnus peut être un certain médecin humaniste, ou des gros bras qui soulèvent les cent kilos de madame Rosa ou monsieur N'Da.
Ce momo de parents inconnus ! notre monde foisonne de ces enfants là. Demain du reste sera fait d'enfants de parents de plus en plus inconnus, pour des raisons tenant à la fois d'un glissement progressif de certaines mœurs, ou de raisons économiques, et d'autre part, grâce ( ?!) à une certaine science qui nous fera naître de l'on ne saura quelle partie du corps , et dès lors de qui nous serions les enfants ?
Monsieur N'Da est un personnage qui m'a énormément intéressé. Voici un africain , proxénète, qui exploite des femmes et peut être des hommes aussi, pour envoyer un peu d'argent à cette pauvre Afrique, mais aussi pour aider madame Rosa. La couleur rose de ses vêtements, cravate comprise, ne m'émeut point et ne m'intéresse pas. C'est l'habit de ce personnage. Et en dehors de la nudité de ces putes parfois chèrement payée, tout le monde est habillé d'une certaine façon.
Mais sa manière de se trouver maître d'une certaine situation et non esclave, donne beaucoup d'assurance .
Il n'y a pas un mot critique à son égard. Du reste, il n'y a pas non plus de critique adressée à qui que ce soit. Nul n'est condamné, et quand nul n'est condamné, n'est-ce pas là encore une preuve de tant d'humanité, de véritable tolérance ?
Le refus de la mort, ou plutôt l'incompréhension face à la mort de l'être cher sont là aussi un point fort de cet ouvrage. Car qui à quinze ans ne saisit pas que l'on meure, que l'on disparaisse. Mais peut être que l'auteur qui parait-il s'était suicidé à la fin de sa vie ne voulait pas d'une mort « naturelle », normale. C'est un instant que je n'ai pas particulièrement apprécié. Je le comprends pourtant …en tant que point faible de l'ouvrage, et sur lequel le film ne s'attarde pas…
Je n'ai pas l'impression que notre monde puisse se passer d'enfants de putes. Je dis à ces derniers : Enfants de putes, levez-vous. Prenez le pouvoir. Notre monde glisse imperturbablement vers une honteuse intolérance, un extrémisme des uns qui appelle un extrémisme des autres. Chacun extrémiste a besoin d'un autre extrémiste. Il va sans dire que chacun voterait pour l'autre. Sa raison d'être c'est l'autre. Il ne pourrait survivre sans l'autre. Je reste admiratif d'un certain Clinton lui-même admiratif d'un certain Martin Luther King , qui avait un rêve…
Nous avons tous un rêve. Mais il faudrait que notre rêve soit celui de Momo, de Rosa, de Martin Luther King, d'un certain prophète Mohamed dont le message princeps a été Assalam, Al Islam….
C'est cela, à mon sens, que ce livre et le film avaient pour message.
C'est ce que j'ai perçu personnellement .
C'est aussi ce que je croyais que l'auteur de l'article aurait écrit. Ou aurait tiré comme message à un moment oû nous avons tellement besoin de messages similaires. Mais sa décortication littéraire de l'ouvrage, à la manière d'un chirurgien , serait d'un intérêt académique. C'est une toute autre manière de voir les choses. Et je l'admets. |